
« Un homme fait le projet de dessiner le Monde. Les années passent : il peuple une surface d’images de provinces, de royaumes, de montagnes, de golfes, de navires, d’îles, de poissons, de maisons, d’instruments, d’astres, de chevaux, de gens. Peu avant sa mort, il s’aperçoit que ce patient labyrinthe de formes n’est rien d’autres que son portrait. »
Jorge Luis Borges
Le propos de cette exposition thématique, qui a investi les sous-sols du Musée des Beaux Arts de Lille à l’occasion du festival Bombaysers de l’automne 2006, est de proposer un panorama des relations entre le corps humain et le paysage, apprécié à travers la vision d’artistes de la Renaissance à aujourd’hui, et qui soulève la question métaphysique de la place de l’homme dans l’univers.
La muséographie regroupe les oeuvres selon cinq sections: cabinets de curiosités et Paysage anatomique sont présentés dans un volet historique, Homme-Végétal, Homme-Minéral, et Paysage érotique sont présentés dans le volet contemporain.
« Car de même que l’homme est un composé de terre, eau, air et feu, il en est de même du corps de la terre. Si l’homme a les os, support et armature de la chair, le monde a les rochers comme supports de la terre ; si l’homme porte le lac du sang où le poumon se gonfle et dégonfle dans la respiration, le corps de la terre a son océan qui, lui, croît et décroît toutes les six heures en une respiration cosmique ; si les veines partent de ce lac de sang, en se ramifiant dans le corps humain, de même l’océan remplit le corps de la terre d’une infinité de veines d’eau »
Léonard de Vinci
Les “têtes composées” du contemporain Giuseppe Arcimboldo (1530-1593), méticuleux assemblages picturaux de fleurs, fruits ou objets, rappellent que de même que l’Homme n’est pas si distinct de son environnement et que la Nature fait partie de l’Homme, tandis qu’au XVIIIe siècle les premières planches anatomiques mettent en exergue le rapprochement entre les monde végétal, minéral et corps humain.
« Qui pourrait nombrer les merveilles qui appellent et se disputent l’attention du spectateur? Les routes du sang marquées par un fluide coloré, la lymphe remplacée par le mercure, des ramifications que l’on serait tenté de prendre pour les productions les plus déliées du règne végétal, le système nerveux, espèce d’arbre étonnant dont les racines occupent les parties supérieures et les branches la partie inférieure. »
J.J. Sue (chaire d’anatomie à l’Académie royale de peinture et de sculpture)
C’est l’époque où, témoin de la pensée humaniste, l’artiste conçoit l’humain comme paradigme du monde. L’anatomie, l’espace intérieur du corps et ses réseaux sont étudiés; Les textures nerveuses, musculaires, sanguines, le tracé des organismes sont comparés analogiquement à la géologie, au tissu végétal et minéral, à la botanique et à l’entomologie. La nature est recomposée sur l’unité de la figure.
La curieuse tradition des paysages anthropomorphes apparaît quant à elle à la fin du XVIe siècle, et part d’une volonté de comprendre ou de domestiquer la nature, également présente dans l’Art des jardins.

Utagawa Kuniyoshi – Sans titre (Sexe d’une femme paysage)
Computer-Jam Lille – L’homme paysage